Intelligence artificielle en dentisterie : ce que l’IA fait au cabinet dentaire, et ce que disent les règles

L’IA fait aujourd’hui deux sortes de travail dans un cabinet dentaire. Du travail administratif : le téléphone et les messages des patients, l’agenda, les rappels, les courriers et les comptes rendus. Et de l’aide clinique : des logiciels qui lisent les radiographies et signalent une carie ou une lésion possible. Les deux relèvent de règles très différentes. Un logiciel qui contribue à un diagnostic est un dispositif médical et porte un marquage CE. Un logiciel qui gère les rendez-vous ne l’est pas. Pour les deux s’appliquent le RGPD et le secret professionnel, et depuis le 2 août 2026 les règles de transparence du règlement européen sur l’IA. Nous n’avons trouvé aucune position d’une association dentaire ou d’une autorité belge sur l’IA au cabinet.

Dernière mise à jour

Que fait l’IA aujourd’hui dans un cabinet dentaire ?

Derrière les mots « IA dentiste » se cachent six sortes d’outils. Ils diffèrent par ce qu’ils font, par qui les utilise et par les règles qui s’appliquent. L’accueil est le travail d’un secrétariat IA pour cabinet dentaire. Beaucoup de cabinets font déjà rédiger des textes par un chatbot, et ce qui est permis est expliqué dans ChatGPT au cabinet dentaire.

Qu’un produit soit un dispositif médical dépend de la finalité que lui donne le fabricant, pas de la technologie. La même reconnaissance vocale n’est pas un dispositif médical dans un logiciel de dictée et peut en être un dans un module qui propose un diagnostic.

Six usages de l’IA au cabinet dentaire. Des catégories, pas des marques.
UsageCe qu’il faitDispositif médical ?
Accueil et téléphoneRépond aux appels et aux messages, prend, déplace et annule les rendez-vousNon. Planifier un rendez-vous n’a pas de finalité médicale
Agenda et suiviPropose les créneaux libérés, envoie les rappels et relance les contrôlesNon
Textes et communicationRédige courriers, brochures et réponses aux messagesNon. Les données des patients n’ont pas leur place dans un chatbot grand public
Analyse des radiographiesSignale une carie, une lésion périapicale ou une perte osseuse possibleOui, au moins classe IIa, avec marquage CE
Comptes rendus et dictéeTranscrit la parole ou résume une consultationLa transcription seule, non. Un module à finalité médicale peut l’être
Planification de traitementSegmentation, céphalométrie, planification implantaire et orthodontiqueOui, dès qu’il fournit des informations pour une décision thérapeutique

Commission européenne, MDCG 2019-11 rév.1, qualification et classification des logiciels sous le MDR, juin 2025

Quelle IA est un dispositif médical ?

Un logiciel destiné au diagnostic, à la prévention, au suivi ou au traitement est un dispositif médical au sens du règlement européen 2017/745, le MDR. Un logiciel qui fournit des informations servant à prendre une décision à finalité diagnostique ou thérapeutique relève au moins de la classe IIa selon la règle 11. C’est le cas de l’IA qui analyse les radiographies : le guide européen MDCG 2019-11 cite expressément la détection assistée par ordinateur sur des images radiologiques comme dispositif médical.

Un tel produit doit porter le marquage CE et, dès la classe IIa, un organisme notifié l’a évalué. Demandez le marquage CE et la classe avant d’acheter. En Belgique, l’AFMPS contrôle les dispositifs médicaux, et c’est à elle qu’on signale un incident.

Le logiciel sans finalité médicale en est exclu. Le même guide cite la facturation, la planification du personnel, l’e-mail, la messagerie vocale, la prise de rendez-vous et la transcription de la parole comme des logiciels qui ne sont pas des dispositifs médicaux. Un secrétariat IA qui prend des rendez-vous en fait partie, tant qu’il n’évalue pas de symptômes.

Commission européenne, MDCG 2019-11 rév.1, juin 2025

Que demande le règlement sur l’IA à un cabinet dentaire ?

Un cabinet qui utilise l’IA dans son travail est un déployeur au sens du règlement sur l’IA. Aujourd’hui, cela veut dire deux choses, et une troisième suivra.

La maîtrise de l’IA. Depuis l’Omnibus numérique sur l’IA, le règlement 2026/1744 entré en vigueur le 27 juillet 2026, il s’agit de prendre des mesures qui soutiennent les connaissances de votre équipe en IA. Garantir un niveau précis n’est plus exigé.

La transparence. Depuis le 2 août 2026, une personne qui parle à un système d’IA doit le savoir, sauf si c’est évident. Cette obligation pèse sur le fournisseur, qui doit concevoir le système ainsi. Les lignes directrices de la Commission européenne du 20 juillet 2026 citent expressément les assistants vocaux dans les soins de santé, et recommandent au téléphone une annonce orale au début de l’appel. Un cabinet qui développe son propre chatbot et le met en service sous son nom devient lui-même fournisseur. Plus de détails sur la page informer les patients sur l’IA.

Le haut risque, plus tard. Une IA qui est un dispositif médical évalué par un organisme notifié, comme l’analyse de radiographies, est un système d’IA à haut risque. Ces règles s’appliquent à partir du 2 août 2028 : l’Omnibus a reporté cette date d’un an. La Belgique n’a pas encore désigné officiellement son autorité de surveillance pour le règlement sur l’IA. L’IBPT est annoncé.

Règlement (UE) 2026/1744 du 8 juillet 2026 (Omnibus numérique sur l’IA), Journal officiel du 24 juillet 2026

Que disent le RGPD et le secret professionnel ?

Les données de santé sont des données sensibles au sens de l’article 9 du RGPD. Un prestataire de soins peut les traiter pour les soins, sous le secret professionnel. La définition couvre aussi les données relatives à la prestation de soins.

Si vous utilisez un logiciel d’IA qui traite des données de patients, votre cabinet est responsable du traitement et le fournisseur est sous-traitant, avec un contrat de sous-traitance qui nomme chaque sous-traitant ultérieur. Pour un traitement qui recourt à une technologie nouvelle et peut présenter un risque élevé, l’article 35 exige une analyse d’impact préalable. La façon dont Tilcao l’organise est décrite dans sécurité et RGPD.

L’Autorité de protection des données a publié une brochure sur les systèmes d’IA et le RGPD. Elle prend justement l’analyse des radiographies comme exemple de système d’IA dans les soins de santé.

APD, brochure d’information sur les systèmes d’intelligence artificielle et le RGPD

L’IA lit-elle bien les radiographies ?

Bien dans les études, avec des réserves nettes. Une méta-analyse sur la carie sur clichés rétro-coronaires (Japanese Dental Science Review, 2024) trouve une sensibilité de 0,87 et une spécificité de 0,89. Une méta-analyse sur les lésions périapicales (Journal of Dentistry, 2024) trouve 0,94 et 0,96.

Les deux revues précisent elles-mêmes que les études présentent un risque de biais incertain à élevé. Elles mesurent surtout la précision d’un modèle, pas ce qu’il change pour le patient. Les auteurs de la revue sur les lésions périapicales jugent incertaine la valeur réelle des logiciels disponibles aujourd’hui.

Un signalement de l’IA sur une radiographie est donc un deuxième regard. Le diagnostic reste celui du dentiste, et les organisations professionnelles le disent aussi.

Pul et Schwendicke, IA pour la détection des radioclartés périapicales : revue systématique et méta-analyse, Journal of Dentistry 2024

Que disent les organisations de dentistes ?

Le Council of European Dentists, qui réunit 33 associations dentaires nationales, a mis à jour sa résolution sur l’IA en mai 2025. L’IA peut aider le dentiste à poser un diagnostic, mais ne doit jamais le remplacer. Selon le CED, l’IA appliquée à la prise de rendez-vous et à l’administration peut grandement faciliter la gestion d’un cabinet. Il demande des systèmes transparents, le consentement du patient pour la collecte de données et un cadre européen de responsabilité.

La FDI, la fédération dentaire mondiale, a adopté en septembre 2024 une position dans le même sens : les dentistes acquièrent une connaissance de base de l’IA, la responsabilité d’un diagnostic reste humaine, et le risque de trop se fier à la machine doit être traité.

Nous n’avons trouvé aucune position propre de la SMD, de la VVT, de la VBT ou d’une autorité belge sur l’IA au cabinet dentaire.

Council of European Dentists, résolution Artificial Intelligence in Dentistry, mise à jour de mai 2025

Combien de dentistes utilisent l’IA ?

Pour la Belgique, il n’existe pas de chiffre : nous n’avons trouvé aucune enquête belge. Les études européennes sont petites et locales. En Suisse, 21,9 % de 114 dentistes interrogés à l’automne 2023 disaient utiliser l’IA au moins une fois par semaine (BMC Medical Informatics and Decision Making, 2025). Dans le Land allemand de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, 109 des 163 titulaires de cabinet n’avaient encore jamais utilisé l’IA dans leur cabinet, et leur intérêt portait surtout sur la documentation et l’administration.

Scientific Reports, enquête auprès des titulaires de cabinet en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, 9 août 2026

Par où commencer avec l’IA au cabinet ?

Par le travail où les règles sont les plus simples et le gain de temps le plus grand : l’accueil, l’agenda et les textes. Ces logiciels n’ont pas de finalité médicale. Un secrétariat IA en fait partie, et ce que Tilcao fait comme secrétariat IA pour cabinet dentaire, et ne fait jamais, est décrit sur une page à part.

  • Gardez les données des patients hors des chatbots grand public.
  • Pour une IA clinique, demandez le marquage CE, la classe et les études sur lesquelles le fabricant s’appuie.
  • Demandez un contrat de sous-traitance qui nomme chaque sous-traitant ultérieur.
  • Veillez à ce que le patient entende qu’il parle à une IA, et qu’il puisse toujours demander une personne.
  • Expliquez à votre équipe, en quelques phrases, ce que le système fait et ne fait pas. Vous soutenez ainsi la maîtrise de l’IA que demande le règlement.
  • Gardez la décision. Un signalement de l’IA est un deuxième regard, pas un diagnostic.

Ce que les cabinets nous demandent

L’IA va-t-elle remplacer le dentiste ?

Non. Le Council of European Dentists et la FDI disent tous deux que l’IA soutient le dentiste et que la responsabilité d’un diagnostic reste humaine. L’IA qui lit une radiographie est un deuxième regard. L’IA à l’accueil reprend le travail répétitif, pas les décisions cliniques.

Un secrétariat IA est-il un dispositif médical ?

Non, tant qu’il n’a pas de finalité médicale. Le guide européen MDCG 2019-11 cite la prise de rendez-vous, l’e-mail et la messagerie vocale comme des logiciels qui ne sont pas des dispositifs médicaux. Tilcao n’évalue aucun symptôme : un patient qui a mal est transmis à une personne, selon la règle du cabinet.

Le patient doit-il savoir qu’il parle à une IA ?

Oui. Depuis le 2 août 2026, une personne qui parle à un système d’IA doit le savoir, sauf si c’est évident. Cette obligation pèse sur le fournisseur, qui conçoit le système pour qu’il s’annonce. Au téléphone, la Commission européenne recommande une annonce orale au début de l’appel.

L’INAMI rembourse-t-il un logiciel d’IA pour dentistes ?

Nous n’avons trouvé aucun code INAMI qui rembourse un logiciel d’IA ou une prestation avec IA chez le dentiste. Vérifiés : la nomenclature des soins dentaires dans sa version du 1er juin 2026 et l’accord dento-mutualiste pour 2026 et 2027.

Mon équipe doit-elle suivre une formation à l’IA ?

Le règlement sur l’IA demande des mesures qui soutiennent les connaissances de votre équipe en IA, sans niveau, test ou attestation imposés. Une courte explication et une règle interne écrite en sont une mise en œuvre raisonnable. À l’ULiège, le bachelier en sciences dentaires comprend un cours sur les outils d’IA en dentisterie.

Qui contrôle l’IA au cabinet dentaire en Belgique ?

Pour l’IA qui est un dispositif médical, l’AFMPS. Pour les données personnelles, l’Autorité de protection des données. Pour le règlement sur l’IA lui-même, la Belgique n’a pas encore désigné officiellement d’autorité. L’IBPT est annoncé.

Tilcao est le système d’exploitation du cabinet dentaire en Belgique, avec un agent IA d’accueil qui répond aux appels et aux messages WhatsApp des patients en français, en néerlandais et en anglais, et prend, déplace ou annule les rendez-vous dans l’agenda du cabinet.

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